Le premier miracle – Gilles Legardinier

Synopsis: 

Karen Holt est un agent du gouvernement britannique au sein d’un service de renseignements très particulier. Benjamin Horwood est un universitaire qui ne sait plus trop où il en est. Elle enquête sur une spectaculaire série de vols d’objets archéologiques à travers le monde. Lui passe ses vacances en France sur les traces d’un amour perdu. Lorsque le vénérable historien qui aidait Karen à traquer les voleurs hors norme meurt dans d’étranges circonstances, elle n’a pas d’autre choix que de recruter Ben, quitte à l’obliger. Ce qu’ils vont vivre va les bouleverser. Ce qu’ils vont découvrir va les fasciner. Ce qu’ils vont affronter peut facilement les détruire…

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Mon avis: 

Si Legardinier est connu pour ses romans à couvertures de chats (Demain j’arrête et autres), pour ma part, je l’avais découvert via un des romans écrits avant que sa cote ne décolle: L’exil des anges, qui se passe en bonne partie en Ecosse. C’était un thriller mâtiné de SF/fantastique qui ne m’avait que moyennement convaincue (j’avais aimé le démarrage, moins la suite). Beaucoup de lecteurs ont été surpris de découvrir l’auteur dans un autre registre que la comédie à la sortie du Premier miracle: de mon côté, ça ne m’a donc pas perturbée, puisque je l’avais découvert via un thriller. En revanche, je rejoins le consensus autour de la couverture, qui a été beaucoup décriée à la sortie du livre: je n’accroche pas du tout au style faussement James Bond/Oss 117.

Les comédies et les romans feel-good de Legardinier, je dois avouer que j’en ai un peu soupé. Je les ai lus dans l’ordre de leur sortie, mais je trouvais que leur qualité et leur intérêt allait décroissant, et le dernier (le dernier publié avant celui-ci, Quelqu’un pour qui trembler), m’avait vraiment tellement peu convaincue que je m’étais résolue à arrêter de lire l’auteur. Je ne m’étais donc pas penchée sur ce roman à sa sortie, mais papa Totoro, qui l’a lu la semaine dernière, m’en a parlé en bien, en me disant que ça lui évoquait Indiana Jones. J’adore Indiana Jones… ^^ (surtout La dernière croisade, que j’ai vu des dizaines de fois étant petite). J’ai donc craqué, et je l’ai lu quelques jours après cette discussion. Et malheureusement (désolée papa), je suis franchement déçue.

Le premier miracle, c’est l’histoire d’un binôme d’enquêteurs, une agent du gouvernement britannique mystérieuse (Karen) et un historien (Benjamin). Ben est en fait recruté par le très discret service qui emploie Karen pour remplacer un de ses anciens profs de fac en tant que consultant sur une enquête de grande envergure: aux quatre coins du monde, des crimes / vols sont commis, à priori avec des enjeux qui ne sont pas crapuleux. Mais toutes les affaires sont difficiles à relier entre elles, et rapidement, notre duo se voit rejoint par l’ancienne co-thésarde de Ben, Fanny, une historienne française dont il est amoureux depuis des années, alors qu’elle est désormais fiancée avec un autre.

Dès le départ, c’était assez mal parti: malgré le changement de style du livre (nous ne sommes plus dans une comédie mais dans une enquête / aventure archéologique), la plume de l’auteur n’a pas intégré ce changement et continue d’utiliser des ressorts comiques, ce qui m’a pas mal perturbée. Je ne suis pas contre un poil d’humour pour alléger l’atmosphère dans certaines situations, mais là ça m’a paru tout simplement trop et peu adapté à l’intrigue. J’ai vraiment trouvé que le fond n’était pas en adéquation avec la forme. Et en plus, ce n’était souvent pas drôle et beaucoup de blagues ou de situations comiques m’ont paru tomber à plat…

 Et le fond – l’enquête, parlons-en. Là encore, je suis très circonspecte. Il y avait de très bonnes idées au départ, et de quoi écrire vraiment un roman excellent, dans la même veine que le Da Vinci Code… et pourtant, j’ai trouvé que tout l’aspect historique était à la fois bâclé et mal exploité. L’auteur est parti dans trop de directions à la fois, l’ensemble est brouillon, aucune piste ou évènement historique n’est traité sur le fond, tout est très vite expédié avant de passer au suivant (qui n’a rien à voir avec le précédent), bref, là où d’habitude j’aime apprendre des choses de mes lectures, là je ressors juste avec l’impression d’avoir lu une succession d’anecdotes mélangées les unes avec les autres, sans substance et sans cohérence. Dans la même veine, le prologue, intéressant au départ, m’interpelle une fois la lecture terminée: à quoi servait-il? il n’en est plus du tout question par la suite, mis à part de présenter le personnage du méchant, mais je trouve le chapitre sans intérêt et n’amenant finalement rien. En fait, pour pouvoir exploiter correctement toutes les pistes historiques évoquées au cours de l’intrigue etrévéler leur potentiel, il aurait fallu que le roman fasse le double de pages… il en fait pourtant déjà plus de 500, mais tout va beaucoup trop vite, tout s’enchaîne sans que le lecteur ait le temps d’intégrer quoi que ce soit, on passe du Japon à l’Afrique du Sud, de l’Egypte à l’Ecosse, de la France à l’Angleterre… j’aurais aimé que Legardinier prenne d’avantage le temps de se poser et de nous présenter une intrigue digne de son idée de base.

Parlons également un peu des personnages: là encore, je ne suis pas convaincue du tout. D’abord, parce qu’on ressort de là en ayant le sentiment de ne pas les connaitre du tout, c’est à peine si on sait à quoi ils ressemblent, tout va (encore une fois) tellement vite que l’auteur ne prend pas le temps de vraiment décrire quoi que ce soit. Trop de descriptions, c’est certes pesant parfois, mais là on tombe dans l’excès inverse: l’auteur avait tellement d’autres choses à raconter qu’il ne décrit plus rien (et malheureusement, ça ne suffit pas à sauver ce qu’il voulait raconter, justement, puisque tout va trop vite de toute façon. On aurait aussi pu rajouter des dizaines de pages de descriptions sans problème). Karen est très (trop) mystérieuse, et comme Ben le fait remarquer à la fin, on ne sait rien sur elle et je la trouve peu crédible dans son rôle d’agente / garde du corps / espionne / enquêtrice omnisciente. Benjamin, quant à lui, est franchement un historien en carton, je cherche encore son talent incroyable vanté par tout le monde dans le livre, j’ai l’impression qu’il ne sert absolument à rien dans l’enquête et que nous n’apprenons pratiquement rien d’historique grâce à lui, alors que c’est pour ça qu’il est là. Par contre, à quelques rares moments, il va s’avérer hyper compétent dans des domaines historiques très éloignés les uns des autres – en général, les historiens sont spécialisés sur des périodes précises, ils ne peuvent pas tout connaître sur tout. Lui, il est tout à la fois égyptologue, a des connaissances sur les sous-marins allemands de la seconde guerre, et j’en passe. Crédibilité: -3000.  (Dans le genre, le Langdon de Dan Brown est beaucoup plus crédible – lui au moins, il semble au point sur son sujet, à savoir les symboles).

Bien entendu, il fallait (comme si ce n’était pas assez brouillon comme ça) que l’auteur nous ajoute une part de romance dans l’histoire. Non mais… ce n’est pas obligatoire dans un roman! pourquoi les auteurs ne comprennent pas ça? Dans Le premier miracle, on nous ressasse 10000 fois que Ben est amoureux de Fanny et qu’il vit mal cet amour à sens unique, tout ça pour que d’un seul coup, il finisse avec Karen (évidemment) alors qu’il ne sait rien sur elle, sans compter le manque d’originalité; ne parlons pas du triangle / carré amoureux entre eux deux et Fanny et son chéri, encore une fois déjà vu des tonnes de fois. Chéri de Fanny lui aussi une vraie caricature du héros américain, et qui est franchement de trop ici et n’apporte absolument rien au schmilblick. Leurs rapports à tous les 4 m’ont paru aussi très puérils et peu adaptés à leur âge (enfin, l’âge qu’on suppose qu’ils ont, puisque ça fait partie des descriptions absentes du récit).  Bref – l’auteur a voulu trop en faire, dans trop de directions différentes, et finalement, ça n’aboutit à rien de probant dans aucune des directions prises. J’aurais préféré qu’il se concentre soit sur le style comique, soit sur la romance, soit sur l’aspect historique, mais vous l’aurez compris, le mélange des trois n’a pas fonctionné avec moi.

Parce que tout n’est pas non plus à jeter, je tiens tout de même à souligner encore une fois l’idée de départ et le schéma général de l’enquête, que j’ai bien aimé. J’aurais vraiment souhaité que ça soit mieux traité, parce que ça aurait pu être passionnant. Et puis sur la fin, j’ai aussi bien aimé (si on peut dire) la révélation sur l’identité du méchant, et ce que ça implique en terme de réécriture de notre histoire contemporaine. Je ne l’avais pas vu venir et c’est bien la seule chose qui m’ait surprise et prise de court pendant ma lecture ^^

(Désolée papa pour cette chronique franchement dure et à charge, j’aurais vraiment aimé pouvoir en dire autre chose :()

En résumé:

 

2 réflexions au sujet de « Le premier miracle – Gilles Legardinier »

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