Les Rois Maudits (l’intégrale) – Maurice Druon

Synopsis: 

Au début du XIVe siècle s’ouvre, contre les Templiers, le plus vaste procès dont l’Histoire ait gardé le souvenir. Jacques de Molay, le grand maître de l’Ordre, meurt sur le bûcher en lançant une terrible malédiction contre le roi de France, le pape et les grands du royaume. Dès lors, le malheur s’abat sur la France. Les quatre derniers Capétiens directs meurent en moins de quinze années: adultères, meurtres, procès, trahisons ébranlent la dynastie, et mènent à la guerre de Cent Ans.

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Mon avis: 

Les Rois Maudits est une saga qui fait autorité dans le domaine des romans historiques. J’ai été surprise de la découvrir aussi ancienne: elle a été essentiellement publiée entre 1955 et 1960. Cette intégrale regroupe les 7 tomes : les 6 premiers sont ceux publiés dans les années 50, alors que le dernier est sorti bien plus tard, en 1977.

Si j’avais beaucoup entendu parler de la série avant de la lire, je ne savais même pas à quels rois elle faisait référence exactement. En fait, les Rois Maudits se déroule en France, grosso modo entre 1313 et le milieu des années 1340, au début de la Guerre de 100 ans. Les premiers tomes se déroulent sur une période assez courte de quelques années seulement, puis l’auteur a accéléré la cadence sur la fin, qui comporte d’avantage d’ellipses temporelles et qui couvre une période beaucoup plus longue (de dizaines d’années).

Pourquoi est-il question de rois « maudits »? Tout simplement parce que le premier tome s’ouvre sur une malédiction, celle de Charles de Molay, le Grand Prêtre de l’Ordre des Templiers, exécuté sur ordonnance du roi Philippe le Bel après 7 ans de détention et de torture, et qui, au moment de mourir, maudit le roi, son conseiller principal et le pape sur 13 générations. Et effectivement, les 3 personnages en question ne font pas long feu, et les descendants de Philippe le Bel non plus…

La série démarre (outre l’exécution de Charles de Molay) avec les manigances d’Isabelle (la fille de Philippe le Bel qui est mariée au Roi d’Angleterre) et de Robert d’Artois, son cousin, qui vont exposer au grand jour les liaisons extra-conjugales qu’ont les belles-soeurs d’Isabelles (les belles filles du roi, qui sont mariées à ses fils). Cela débouche sur un scandale sans nom qui sera connu par la suite comme le scandale de la Tour de Nesle. Je trouvais ça tellement fou à la lecture que je me suis empressée d’aller vérifier si c’était avéré historiquement ou si c’était une invention de l’auteur pour les besoins du roman: tout est vrai… (bon, après, certains éléments sont des partis pris de Maurice Druon par rapport à des éléments qui restent mystérieux, mais globalement tout est basé sur une affaire bien réelle!).

Les femmes infidèles en question sont les filles et nièces de la comtesse Mahaut d’Artois, la tante de Robert contre laquelle il ne cessera de lutter pendant l’essentiel de la série.

Autre ligne narrative , parce qu’une saga de cette ampleur est nécessairement dense, on suit également une famille de banquiers italiens qui sont établis à Paris et qui prêtent de l’argent aux puissants, et notamment Guccio, le jeune neveu du patriarche, qui apprend le métier et qui va être mêlé dans les premiers tomes à plusieurs affaires reliant les couronnes de France, d’Angleterre, de Naples et aussi du pape. Au cours de ses pérégrinations, il rencontre une jeune noble désargentée, Marie, et nous suivrons leur histoire et ses conséquences.

Quant au reste de sa saga, elle se concentre évidemment sur les rois de France successifs, les rivalités entre les prétendants au trône et les nobles qui les entourent et complotent en coulisse. Il y aura les trois fils de Philippe le Bel (les frères de la Reine d’Angleterre Isabelle), leurs femmes, et leurs successeurs.

Outre l’affaire de la Tour de Nesle, j’ai été marquée par deux événements relatés dans les différents tomes: le conclave « forcé » des cardinaux qui sont emmurés dans une église pendant plusieurs semaine de façon à élire un nouveau pape, et celle du bébé « échangé » (et ses conséquences) de Guccio et Marie. J’ai fait d’autres recherches, et à nouveau, ce sont sur des anecdotes historiques avérées que s’est basé l’auteur. Je trouve ça complètement fou – et je comprends que G.R.R. Martin se soit inspiré de cette série pour Game of Thrones!

Il est de notoriété publique que l’auteur n’a pas rédigé la série seul, et qu’il a reçu pas mal d’aide. Ça fait sens quand on voit le travail de fourmi qu’ont dû être les recherches effectuées (surtout dans les années 50, sans internet ^^). J’ai eu un peu de mal avec la multiplicité des personnages à certains moments (un arbre généalogique ou une table des personnages n’aurait pas été de trop), ainsi qu’avec certaines tournures et un style un peu daté, mais globalement la série est vraiment prenante m’a beaucoup appris sur cette période historique que je connaissais très mal. Elle souffre d’une inégalité du rythme à certains passages, mais en 7 tomes, c’est inévitable.

Le septième tome, parlons-en: je ne l’ai pas terminé. Non content d’avoir été publié 20 ans après les 6 autres, il s’en distingue également par la narration, cette fois à la première personne, et je n’ai pas du tout accroché. Je n’ai pas vu l’intérêt de ce septième opus après la fin du 6 (dont j’ai beaucoup aimé le long épilogue), et je l’ai vite abandonné, donc ma chronique concerne vraiment les 6 tomes de départ. Ce tome 7 n’a d’ailleurs pas été repris dans les deux adaptations télévisées de la série (une en 1972, donc avant sa parution, et une en 2005). J’ai bien envie de les regarder, d’ailleurs, les épisodes – j’ai commencé le premier de 2005, qui a un casting fou mais que je trouve pourtant très très moyen… à voir.

En résumé:

4 réflexions au sujet de « Les Rois Maudits (l’intégrale) – Maurice Druon »

  1. Les Rois Maudits sont pour moi un vrai classique de notre littérature. C’est vrai que je te rejoins un peu sur le septième tome, que j’ai trouvé très très différent des autres, il marque d’ailleurs une rupture assez brutale qui déroute un peu le lecteur… En lisant Les Rois Maudits, il ne faut pas perdre de vue non plus que c’est avant tout une fiction historique, qu’un vrai travail de recherches a été fait, certes, mais que l’auteur a aussi mis beaucoup d’imagination et d’interprétations personnelles… Malgré tout, c’est un portrait ultra vivant de ce XIVème siècle violent et sombre, juste avant la Guerre de Cent Ans. Maurice Druon a réussi la prouesse de rendre vraisemblable tout ce qu’il raconte au fil de ses sept romans, à tel point qu’on finit par ne plus distinguer le vrai du faux. 😉 Un vrai Dumas des temps modernes.

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