Jamais assez maigre – Victoire Macon Dauxerre

Synopsis: 

A 17 ans, en pleines révisions du bac, Victoire fait du shopping à Paris, quand elle est repérée par un chasseur de mannequins. Engagée par l’agence Elite, elle mesure 1,78 m et pèse 56 kg. Trop grosse ! Ou pas assez maigre. Elle va perdre 9 kg en ne mangeant que trois pommes par jour, afin de répondre aux exigences tyranniques des maisons de couture. En septembre, elle atteint la taille 32, sésame indispensable pour briller lors des castings, et participe avec succès à sa première fashion week à New York. Avec Milan et Paris, elle enchaîne vingt-deux défilés pour les plus grands créateurs : Céline, Alexander McQueen, Miu Miu, Vanessa Bruno… Elle entre dans le Top 20 des mannequins les plus demandés. Mais derrière la soie et les paillettes, Victoire découvre un système inhumain : des adolescentes que l’on prend pour des femmes sont traitées comme des objets. La sélection est impitoyable et la maigreur devient une obsession. Elle est emportée dans la spirale de l’anorexie. Sept mois après ses débuts fracassants, elle fait une tentative de suicide et passe des podiums à l’hôpital.

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Mon avis: 

Je dois l’avouer, je lis très peu de témoignages. J’en ai acheté toute un lot fin décembre car plusieurs me faisaient pourtant de l’œil depuis un moment, sans que je prenne le temps de me pencher dessus. Celui-ci en fait partie : je l’ai repéré d’abord à la Fnac des Ternes à Paris le 11 mai 2017 (oui c’est précis haha), le jour où je suis allée rencontrer Franck Thilliez pour la sortie de son dernier livre, Sharko; je ne l’avais pas acheté, mais il m’était resté dans un coin de la tête, et comme cette fois j’étais lancée sur mes achats de livres «témoignages», c’est un des premiers que j’ai pris avec moi.

Jamais assez maigre, c’est le récit autobiographique d’une jeune fille qui a été top model (top haute couture, à distinguer des mannequins de prêt-à-porter) pendant plusieurs mois, après son bac, à 18 ans. Je craignais un côté un peu trop bling bling dans le traitement du sujet (le milieu de la mode fait rêver après tout, même si pour ma part ce n’est pas mon truc), mais finalement pas du tout. En fait c’est même l’inverse : non seulement Victoire (l’auteure) n’avait jamais spécialement voulu être mannequin (ça lui est tombé dessus par hasard), mais elle a détesté son expérience et en parle d’une façon qui vous donnerait envie de fuir dans l’autre direction si d’aventure on vous proposait un contrat. Son récit est hyper mature et j’ai été impressionnée par le recul qu’elle parvient à prendre sur les évènements, et sur l’analyse qu’elle en fait. Elle détonne avec l’image un peu déformée qu’on peut avoir des mannequins qui seraient jolies à défaut d’être intelligentes: clairement, ce n’est pas son cas, et pour avoir vu des extraits d’interviews télévisées d’elle après ma lecture, je reste assez scotchée par le personnage, je la trouve impressionnante.

Bref, assez digressé, parlons un peu du bouquin. C’est donc Victoire la narratrice : à 18 ans, au moment de passer son bac, elle tente le concours d’entrée de Sciences Po. A la même période, alors qu’elle fait du shopping avec sa mère dans Paris, elle est abordée par un homme qui lui annonce qu’elle est la prochaine Claudia Schiffer – ce qui la laisse d’abord totalement froide. Il lui laisse sa carte et finalement, dans l’attente des résultats du concours et sans être spécialement emballée, elle décide d’aller voir l’agence dont il lui a parlé – la fameuse agence Elite.. beaucoup d’entre vous en ont surement entendu parler, car c’est tout simplement l’agence de mannequins la plus connue. Elle se laisse un peu porter par les évènements, et voilà qu’on lui annonce qu’elle pourra participer à la Fashion Week : ça ne se refuse pas, d’autant qu’entre temps, elle apprend qu’elle n’a pas eu le concours d’entrée à Sciences Po. Le problème, c’est qu’elle fait 92cm de tour de taille, et ça, c’est trop pour rentrer dans les tailles 32, les seules disponibles pendant les Fashion Week. On lui fait donc comprendre qu’il faut qu’elle maigrisse, mais sans lui dire clairement. Et là, elle rentre donc dans ce qui est en fait de l’anorexie: elle se persuade qu’elle est trop grosse et elle ne mange pratiquement plus rien pour rentrer dans ce fameux 32. Donc non seulement elle s’affame, mais elle y laisse aussi une partie de sa santé, puisqu’elle explique qu’elle avait constamment la peau qui tire, tout le temps froid, elle finira par s’évanouir en pleine rue à New York, elle perd ses cheveux… mais ses sacrifices paient, au moins au début, puisqu’elle a du succès lors des castings, et son agence est contente.

Et puis Victoire finit par se rendre compte qu’au-delà du culte de la maigreur imposé aux mannequins, leur statut même et la façon dont elles sont considérées par le reste des professionnels de la mode est hallucinant. Elle en parle très bien en décrivant leur fonction de « cintre » ; les filles sont dépersonnalisées totalement, et même déshumanisées, on a l’impression que les agences, les photographes et les directeurs de castings oublient qu’ils ont en face d’eux des êtres humains. On les affame mais à côté de ça on leur impose des heures et des heures d’attente debout, on les regarde à peine, on leur interdit de sourire, on leur impose des séances photo en extérieur en hiver en sous-vêtements… et le comble, c’est encore quand on les retouche sur les photos pour les faire paraître plus grosses ! On touche le fond là. Les exemples sont légion et il y aurait beaucoup à en dire. Au-delà simplement de la silhouette et des considérations sur le poids des mannequins, l’auteure se lance ici dans un véritable pamphlet contre l’industrie de la mode dans sa globalité et dénonce la façon inhumaine dont sont traités les mannequins qui font tant rêver sur papier glacé. Elle n’a pas dû se faire que des amis car en plus, les marques / agences etc sont nommément cités, donc j’imagine que le texte a été particulièrement mal reçu dans ce milieu. C’est un livre vraiment très instructif et prenant dont je vous conseille vraiment la lecture, car il met à mal beaucoup de clichés sur ce monde « glamour » que serait la mode et où finalement les filles ne semblent tenir qu’à coup de laxatifs, tout ça pour finir stériles et avec de l’ostéoporose à 20 ans… bref, c’est glaçant mais révélateur !

En résumé: 

2 réflexions au sujet de « Jamais assez maigre – Victoire Macon Dauxerre »

  1. Je me rappelle avoir vu ce livre à sa sortie, il m’avait intriguée mais je ne l’avais pas acheté. En tout cas ça m’a l’air d’être un témoignage passionnant et nécessaire pour changer un peu notre vision du monde la mode.

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