La fierté (Les accoucheuses, tome 1) – Anne-Marie Sicotte

Synopsis: 

Faubourg Sainte-Anne, Montréal, 1845. En pleine nuit, une sage-femme et sa fille vont accompagner une femme dans sa délivrance. À seize ans, Flavie entreprend ainsi l’apprentissage du métier d’accoucheuse auprès de Léonie, sa mère, qui caresse d’audacieux projets : la fondation d’un refuge pour femmes enceintes démunies et celle d’une école de sages-femmes. À l’instar de Simon, le père de Flavie, la société de l’époque, placée sous le règne tyrannique de la pudeur, est rebutée par ces nouveautés. Les membres du clergé se méfient comme de la peste de l’esprit d’entreprise de Léonie et de ses collègues. De leur côté, les médecins engagent une lutte de pouvoir afin de ravir leur clientèle aux sages-femmes. Séparés par un large fossé, les univers masculin et féminin ne se rejoindront qu’au moyen de trop fragiles passerelles, celles du respect et de l’amour.

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Mon avis: 

Les accoucheuses est une saga qui me fait de l’oeil depuis un petit moment maintenant – il me semble que je l’avais repérée à la Fnac de Nantes pendant un déplacement pro. J’ai acheté le premier tome en décembre dernier (au moment où j’ai démarré la lecture, c’était donc le plus ancien livre de ma PAL ^^), et même si ce n’est pas un coup de coeur, j’ai tout de même pas mal apprécié ma lecture. 

Nous sommes à Montréal, en 1845. Léonie, une sage-femme d’une quarantaine d’années, vit avec son mari Simon, instituteur, et leurs enfants (Laurent, jeune adulte; Flavie, environ 16 ans, qui entame avec elle sa formation pour devenir sage-femme également, et la petite dernière, Cécile.) Avec l’une de ses amies bourgeoise, elle décide d’ouvrir une clinique où pourront venir accoucher les femmes, et où les élèves sages-femmes seront formées aux accouchements en même temps que les étudiants en médecine. A l’époque, c’est un projet qui fait scandale: le Canada est encore très rétrograde sur les questions des droits des femmes, la religion a une place prépondérante dans la société (et donc sur le rôle que peuvent y jouer les femmes, à savoir.. pas grand chose!), et cette ambitieuse clinique/école ne sera pas créée sans heurts. Le clergé et les médecins s’opposent farouchement à l’éducation des femmes sur les accouchements (ne parlons même pas des études de médecine, qui sont totalement inenvisageables pour les femmes): les médecins, parce qu’ils ont peur que les sages-femmes ne finissent par leur voler leur clientèle, et le clergé car pour eux ce n’est tout simplement pas la place de la femme, et les femmes ne doivent pas être mises dans des situations dans lesquelles il est question de sexe (l’accouchement en étant la conséquence directe).

Vous l’aurez compris au fil de mes chroniques, j’adore les intrigues médicales, et tout autant quand il est question d’histoire de la médecine de façon plus générale. Ce roman rentre totalement dans cette catégorie et le contexte historique m’a fascinée. Après le quotidien d’une femme médecin en 1900 dans L’ange de Whitechapel (qui était difficile mais tout de même possible), ici, nous sommes 50 ans plus tôt et même si le Canada est à l’époque une colonie britannique, les femmes ont des droits terriblement restreints, pour ne pas dire inexistants. Flavie doit constamment se justifier quant à ses études auprès de sa mère; la famille est pourtant moderne dans ses idées et franchement anti-cléricale, mais ce n’était pas le cas de tout le monde et toute l’intrigue pourrait se résumer à une lutte sans fin des femmes pour obtenir de la considération, du respect et la liberté de choix de la part des hommes. Je remercie le ciel de n’être pas née à cette époque (pourtant pas non plus si lointaine) et le livre nous fait vraiment mesurer l’incroyable chemin parcouru depuis! Le côté médical est lui aussi fascinant et c’est donc vraiment l’ensemble du contexte qui m’a embarquée dans ce roman.

Là où le bât blesse, c’est plus au niveau du nombre de personnages, assez dantesque. Il y en a trop pour moi (dont beaucoup qui n’ont pas d’intérêt et qui ne servent qu’à nous embrumer un peu plus l’esprit sur le « qui est qui »), l’intrigue est déjà suffisamment dense comme ça sans qu’il y ait besoin de complexifier l’ensemble avec des personnages secondaires à n’en plus finir. J’ai été aussi un peu perplexe sur le vocabulaire parfois employé – au début je pensais qu’il s’agissait de termes d’époque mais finalement je pense qu’il s’agit plutôt tout simplement de vocabulaire canadien (et des notes de bas de page n’auraient pas été de trop). Rien d’handicapant pour la compréhension, attention!.

Le roman contient également des tranches de vie plus personnelle, il n’y est tout de même pas question que de sujets sérieux. Je pense particulièrement au personnage de Flavie, qui grandit et évolue au fur et à mesure des quatre années sur lesquelles se déroule l’histoire, notamment au niveau de ses relations avec les hommes. Globalement, c’est donc un roman historiquement captivant, largement féministe, avec des personnages principaux forts – mais trop de personnages secondaires et trop de longueurs au démarrage. Maintenant que le décor est bien planté, je pense que la suite me convaincra d’avantage et j’ai hâte de la lire 🙂 

En résumé: 

5 réflexions au sujet de « La fierté (Les accoucheuses, tome 1) – Anne-Marie Sicotte »

  1. J’avoue que la vie, qui reste un mystère, non pas en soi mais au regard des interrogations qui tournent autours, est un sujet qui me fascine. Donner la vie, ouvrir la porte sur cet univers, avec l’aide d’une autre vie, me donne envie de m’approcher de ce mystère. Bon je ne suis sans doute pas très claire, et j’aurais envie de dire  » accouche » pour faire simple , alors oui ta chronique me donne envie de dépasser la salle d’attente pour mieux percevoir les enjeux de ceux et celles qui contribuent à l’ouverture de la porte.

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