Dites aux loups que je suis chez moi – Carol Rifka Brunt

Synopsis: 

Nous sommes au milieu des années 1980, aux États-Unis. June est une adolescente taciturne, écrasée par une sœur aînée histrionique et des parents aussi absents qu’ennuyeux. Depuis sa banlieue triste du New Jersey, elle rêve d’art et de son oncle Finn, un peintre new-yorkais reconnu. Mais Finn est très affaibli et meurt bientôt de cette maladie qu’on n’évoque qu’à demi-mot, le sida. Inconsolable, la jeune fille se lie d’amitié avec un homme étrange, Toby, qui se présente comme l’ami de Finn. Confrontée à l’incompréhension de son entourage, et à la réalité d’une maladie encore honteuse, June va brusquement basculer dans le monde des adultes et son hypocrisie.

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Mon avis: 

Ce sont quelques chroniques ici ou là lors de la sortie du livre en 2015 qui m’avaient donné envie de le lire. J’ai attendu qu’il sorte en poche pour craquer: le sujet est peu courant et me parlait bien. Déjà, de base, quand on parle de maladie dans un bouquin, c’est pour moi (non ce n’est pas bizarre, je travaille juste dans la recherche alors ça m’interpelle toujours ^^), mais le sida me parle d’autant plus que 1) j’ai failli faire mon mémoire de M2 dessus (si mon directeur de mémoire m’avait laissé choisir mon sujet) et 2) il se trouve que ma mère a justement fait sa thèse de médecine sur la perception du sida par les médias dans les années 80. Je l’ai lue, je trouve ça super intéressant, c’est une pathologie vraiment à part (de par son histoire très récente d’abord, et puis justement par la perception très négative qu’en avaient les gens au départ: « le cancer gay » (véridique), qui impacte toujours les séropositifs aujourd’hui). Bref, je pensais vraiment que ça me plairait.

Au final, je suis pourtant assez perplexe. D’un côté, je trouve la peinture sociale de l’époque bien rendue (même si le fait de ne percevoir les choses qu’à travers le regard de la narratrice adolescente biaise un peu les choses), justement sur la façon dont le sida était perçu dans les années 80, comme une maladie honteuse, que tout le monde craignait (faute de vraiment savoir au départ comment ça se transmettait). J’ai aussi bien aimé (même si ce n’est pas le sujet du roman) tout le côté autour de l’art, l’histoire personnelle de la mère de June et son frère Finn, et surtout la partie sur le tableau dégradé au fur et à mesure par June et Greta; j’ai trouvé que ça illuminait un peu le récit.

A côté de ça, le traitement du deuil m’a laissée complètement de marbre, je n’ai pas été embarquée par l’écriture que j’ai trouvée assez morne et plate, sans aucun relief. La relation entre June et sa soeur m’a insupportée (enfin, Greta m’a insupportée, et je ne comprenais pas les réactions de June vis à vis d’elle). Et le passage de l’enfant innocente de June à quelqu’un de plus mature, moins naïve sur ce qui se passe autour d’elle (on pourrait parler de passage à l’âge adulte mais tout se déroule en l’espace de quelques mois quand elle a14 ans, donc pas vraiment l’âge adulte, mais dans l’idée c’est ça) m’a gênée dans le sens où le changement s’effectue grâce au personnage de Toby, présenté plus ou moins comme une victime de l’incompréhension des autres, et que les moments avec lui s’accompagnaient très souvent de « Toby fait fumer June » Toby fait boire June » et ça, je n’adhère absolument pas vu l’âge du personnage. Surtout que l’auteure fait passer leur relation comme quelque chose de sain qui les aide tous les deux à faire leur deuil, c’est présenté comme une relation « jolie », alors que moi j’ai trouvé ça hyper malsain à la lecture. Je pense que dans les années 80, les gens étaient peut-être plus libres par rapport à ça et que ça fait partie un peu du contexte de l’époque, mais ça m’a quand même vraiment gênée. Un peu comme dans The perks of being a wallflower, sauf que là, Charlie était embarqué là dedans par des gens de son âge, donc même si je ne cautionne pas, je peux encore comprendre, mais là, on parle d’un adulte responsable et d’une ado, et ça ne passait pas du tout.

Bref, une lecture en demi-teinte, entre un sujet et un contexte « historique » qui me fascinent et un traitement qui ne m’a pas convenu.

En résumé: 

8 réflexions au sujet de « Dites aux loups que je suis chez moi – Carol Rifka Brunt »

  1. C’est dommage que tu n’ais pas autant accroché que moi ; le réalisme du personnage de June m’avait bluffé. C’est vraiment étrange, je n’avais pas perçu la relation de June et Toby comme malsaine ou quoique ce soit… Comme quoi, chaque livre est perçu de manière différente !

  2. C’est vrai que ça avait été un gros coup de cœur de mon côté, mais je comprends totalement pourquoi toi tu n’a pas accrochée 😉

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