L’île du feu sacré – Barbara Wood

Synopsis: 

Emily a reçu une éducation religieuse et morale des plus strictes. Aussi, est-elle complètement déstabilisée lorsqu’elle arrive à Hawaï avec son mari, en tant que missionnaire, et qu’ils découvrent les us et coutumes des habitants. La jeune femme est très vite nostalgique de son pays, mais elle reste déterminée à partager sa foi… jusqu’à ce qu’elle rencontre le fringant capitaine Farrow. La sauvera-t-il d’un mariage sans amour contre lequel elle n’a jamais pensé à se révolter ? C’est là la première étape du voyage humain et sentimental qu’elle s’apprête à accomplir, car l’île est bientôt en proie à une terrible épidémie, qui a tout d’une malédiction.

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Mon avis: 

Je craignais un peu la lecture de ce roman car j’avais lu une critique assez négative qui parlait d’une omniprésence de la religion; ça m’avait refroidie, car la religion et moi, on est pas trop copines. Au final, je ne suis pas d’accord avec la chronique que j’avais lue, j’ai adoré le roman ^^

Fresque historique qui nous plonge dans le Hawaï du XIXème siècle, au moment de la colonisation de l’île, L’île du feu sacré se déroule en fait à deux périodes bien distinctes: d’abord, on a Emily, femme de pasteur, qui arrive à Hawaï en 1820 avec son mari pour évangéliser la population. Sa relation avec son mari n’envoie pas du rêve, mais ils partagent la même foi indéfectible et l’envie de transformer la population locale en ce qu’ils considèrent comme des personnes civilisées – en dehors de la religion, ils essaient donc de stopper les pratiques de la vie courante des Hawaiens, comme le fait de surfer, de se promener à moitié nu ou encore de faire l’amour avec des partenaires différents et hors mariage. Toutes ces pratiques les choquent profondément et ils sont persuadés qu’une conversion religieuse sauvera les insulaires de la damnation. Il y a donc bien une grosse dimension religieuse dans cette première partie, mais ça ne m’a pas semblé exagéré car il s’agit d’un récit historique et je m’attends à ce qu’il reflète la mentalité des gens de l’époque, ce qui, je pense, est parfaitement le cas ici. Je ne cautionne absolument pas la façon de penser d’Emily et de son mari – au contraire, ça me choque énormément, mais ça ne m’a pas gênée à la lecture car c’est très instructif sur les moeurs de l’époque, tant Hawaïennes qu’occidentales. Et je trouve que ça va aussi au delà de la religion: c’est une vraie étude sociologique à laquelle l’auteure s’est livrée dans cette première partie, qui couvre environ un tiers du récit. Et en lisant ça, je me dis « heureusement que je n’ai pas vécu à cette époque-là, j’aurais été malheureuse ». Ces occidentaux persuadés que leur façon de vivre, leur façon de croire est tellement meilleure qu’ils se sentaient investis d’une mission d’aller l’imposer à la Terre entière.. mais au secours! ça me dépasse complètement. Je sais que l’Histoire est jalonnée de ce genre d’événements, mais je ne m’y fais pas. Qu’on laisse les gens vivre comme ils en ont envie! comment peut-on imposer une foi à quelqu’un? La foi, on l’a ou on ne l’a pas. Hum, bref, je m’égare.  Dans cette première partie, on découvre non seulement les certitudes bien-pensantes des colons de l’époque, mais aussi les traditions du peuple Hawaïen, et le gouffre qui existe entre les deux. On commence aussi à comprendre que les maladies apportées à Hawaï par les colons font des ravages parmi les autochtones, dont le système immunitaire, jamais mis en présence de ces pathologies auparavant, ne suffit pas pour les sauver.

Je disais donc, la deuxième partie du roman (environ les 2 derniers tiers) est axée autour d’un tout autre personnage, Anna, qui, 30 ans plus tard, habite avec ses parents dans l’Ouest Américain, encore peu peuplé. A 10 ans, son père emmène sa famille dans ce qui deviendra San Francisco, où Anna découvrira, fascinée, le métier d’infirmière. Elle le sait, elle le sent, c’est ça qu’elle veut faire: soigner. Malheureusement, à l’époque, les femmes n’accèdent pas comme ça à des postes de soignants, et je ne parle même pas de devenir médecin: une femme médecin, ça n’existait pas. Anna se renseigne sur la fonction d’infirmière, mais elle comprend rapidement que le métier a très mauvaise presse, que celles qui le pratiquent sont considérées comme des prostituées ou des femmes désespérées. Le seul moyen de soigner tout en conservant sa réputation, c’est d’entrer dans les ordres…

Au début, le passage à cette deuxième partie est un peu perturbant, car on change complètement d’endroit (d’Hawai, on passe à San Francisco), de personnages et d’époque (on fait un bon temporel de 30 ans). Il semble n’y avoir aucun lien entre les deux. Et puis on se prend au jeu avec l’histoire d’Anna, et finalement, les deux histoires se rejoignent. Cette partie-là, par le biais d’Anna, est beaucoup plus axée sur la médecine (les soins infirmiers et les prémices de la médecine moderne) que sur la religion, qui reste cependant en toile de fond, puisque les chrétiens (catholiques et protestants) continuent inlassablement leur travail d’évangélisation à Hawaï. Si le côté « colonisation / conversion des autochtones » m’avait déjà intéressée dans le début du livre, là, comme toujours quand ça parle d’histoire de la médecine, j’ai été fascinée. J’ai trouvé l’ensemble très prenant, ça brasse plein de choses différentes (en plus de ce que j’ai déjà expliqué, on a donc la condition des femmes au XIXème siècle, des histoires d’amour, des magouilles, du mystère (qu’est-il arrivé à Emily?) et des personnages très attachants). Vers la fin du livre, on commence à parler de l’épidémie de lèpre qui sévira à Hawaï à la fin du XIXème et au début du XXème, sujet sur lequel j’avais déjà lu La prisonnière du paradis que j’avais beaucoup aimé – j’ai trouvé ça amusant d’ailleurs, comme on parle de la même chose au même endroit, j’avais presque l’impression de lire un préquel ^^.

Vous l’aurez compris, j’ai vraiment adoré ma lecture. La seule chose que je regrette, c’est le côté trop strict d’Emily (trop campée sur ses positions religieuses) qui fait qu’on a du mal à se sentir proche d’elle autant que d’Anna, et la fin (avec l’histoire de la pierre) qui m’a semblé vraiment trop rocambolesque. Autrement, j’ai vraiment tout aimé dans ce livre, le contexte historique est super instructif et intéressant à plein de niveaux, la plume très agréable, les personnages attachants (même Emily l’est à sa façon), bref, si vous aimez les romans historiques, je vous le conseille ^^

En résumé: 

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