La cuisinière – Mary Beth Keane

la cuisinière

Synopsis: 

Immigrée irlandaise courageuse et obstinée arrivée seule à New York à la fin du XIXe siècle, Mary Mallon travaille comme lingère avant de se découvrir un talent caché pour la cuisine. Malheureusement, dans toutes les maisons bourgeoises où elle est employée, les gens contractent la typhoïde, et certains en meurent. Mary, de son côté, ne présente aucun symptôme de la maladie. Au contraire, sa robustesse est presque indécente. Des médecins finissent par s’intéresser à son cas, mais la cuisinière déteste qu’on l’observe comme une bête curieuse et refuse de coopérer. Pourquoi la traite-t-on comme une malade alors qu’elle est en parfaite santé ? Les autorités sanitaires, qui la considèrent comme dangereuse, décident de l’envoyer en quarantaine sur une île au large de Manhattan. Commence alors pour Mary Mallon, femme indépendante, un combat à armes inégales pour sa liberté…

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Mon avis: 

La cuisinière est un roman qui traite de l’histoire de Mary Mallon. Ce n’est pas forcément hyper connu quand on ne s’y intéresse pas, mais Mary Mallon (plus connue sous le nom de « Typhoid Mary ») était une cuisinière qui officiait aux Etats Unis à la fin du XIXème / début XXème siècle. Elle a été identifiée à l’époque comme première « porteuse saine » officielle de la typhoïde, et contaminait les gens par l’intermédiaire des plats qu’elle cuisinait. La notion de porteur sain était alors complètement nouvelle, et de nombreux scientifiques n’y croyaient pas encore eux-mêmes. Pour beaucoup, il devait s’agit de science-fiction…

J’ai entendu parler de Mary Mallon pour la première fois il y a plusieurs années, et on la retrouve de temps en temps dans la culture populaire, car son histoire a vraiment fait grand bruit à l’époque (par exemple, à la fin de la saison 1 de la série The Knick avec Clive Owen, qui raconte les débuts de la chirurgie dans le New York des années 1900, on assiste à son arrestation). Comme tout ce qui concerne de près ou de loin la santé / la médecine, ça m’intéresse; ça commence à me fasciner quand ça touche carrément à l’histoire de la médecine, et là c’est clairement le cas. La vie de cette femme m’a toujours interpellée, et quand le roman est sorti il y a deux ans, je savais que je l’achèterai dès sa sortie poche.

Au final, La cuisinière est une biographie (romancée je suppose ?) de la vie de Mary Mallon, de 1907 à 1915 (avec un prologue en 1899 et un épilogue en 1938), et évoque sa première arrestation et ses premières années de réclusion, jusqu’à sa libération en 1910 et sa seconde arrestation en 1915. Indépendamment du fait que l’histoire soit basée sur des faits réels, je trouve l’intrigue vraiment captivante: il y a une vraie peinture sociale de l’époque (le fonctionnement de la santé publique, la vie des domestiques…), l’analyse d’un couple avec une grosse dose d’interdépendance (et de dépendance tout court d’ailleurs, puisque le compagnon de Mary est tour à tour alcoolique puis drogué), et un incontestable intérêt historico-scientifique avec ces premières découvertes de la médecine moderne: la notion de porteur sain (à laquelle beaucoup de gens ont eu du mal à adhérer, même certains médecins), de recherches sur le fonctionnement de la transmission des maladies, l’utilisation de substances aujourd’hui considérées comme des drogues dures (cocaïne, héroïne, ce qu’on peut d’ailleurs également constater dans la série The Knick) en tant que traitements… bref, l’ensemble n’est vraiment pas dénué d’intérêt et nous éclaire sur la vie de cette femme très décriée. Attention, quand je parle de science, je ne veux pas dire qu’on est abreuvé d’explications sur ces notions, pas du tout: c’est vraiment un contexte historique qui est planté, par une explication de fond.

Là où le bât blesse un peu pour moi, c’est d’abord côté écriture, avec un récit pas toujours très linéaire; il y a notamment quelques flash-backs que j’ai trouvés mal intégrés au récit. L’écriture est agréable mais sans plus, et l’ensemble est assez plat, peu d’émotions se dégagent du texte. Ensuite et surtout, j’espérais éprouver un minimum de sympathie pour Mary (et son compagnon Alfred), mais ça n’a pas du tout été le cas. Mary m’a semblé complètement obtue, refusant de se rendre à l’évidence, agressive et hautaine, et le fait que la notion de porteur sain ait été à l’époque quelque chose d’incompréhensible pour beaucoup n’excuse pas son entêtement et son absence totale de remise en question. Au fond, elle se rendait bien compte que quelque chose n’allait pas mais refusait de voir la vérité en face. Alfred, de son côté, m’est apparu comme quelqu’un de faible et peu fiable. Les autres personnages sont anecdotiques. D’après ce que j’ai pu lire sur le personnage, la « vraie » Molly Mallon a effectivement dû être telle qu’elle est décrite dans le roman, mais quitte à lire un roman et non une biographie officielle, j’aurais préféré que l’auteure la rende un peu plus attachante en s’éloignant de la Mary réelle. En tout cas, lire ce livre aura ravivé mon intérêt pour l’histoire de cette femme, je vais essayer de voir s’il n’existe pas des documentaires sur elle ; je me demande à quelle point le livre est romancé (Alfred a-t-il vraiment existé par exemple ?). Mais ça reste une bonne lecture, hyper intéressante d’un point de vue historique, et même si Mary n’est pas attachante, elle ressemble probablement à ce qu’elle était dans la vraie vie.

(Entre parenthèses, je préfère la couverture du grand format à celle-ci ^^).

En résumé: Image5

17 réflexions au sujet de « La cuisinière – Mary Beth Keane »

  1. Je l’ai lu l’an dernier, et j’en ai gardé à peu près le même souvenir : reconstitution du contexte social et historique très bien, mais écriture sans relief, et personnage pas du tout sympathique…

    • ah ça me rassure! je ne lis que des chroniques excellentes et j’ai l’impression d’être la seule à avoir ces bémols ^^ merci!

  2. Je dois le lire dans le cadre du club de lecture de Pretty Books, j’ai hâte de voir ce que ça donne même si du coup je ne suis pas trop rassurée d’après ce que tu dis à propos des personnages et de l’écriture ^^

    • il y a beaucoup d’avis positifs à côté du mien, et puis ça ne m’a pas empêchée d’apprécier ma lecture rassure-toi 🙂

  3. Je ne connaissais absolument pas ce personnage de l’histoire, mais je trouve cela fascinant et je ne dirai pas non si l’occasion se présente de découvrir ce roman pour en savoir encore plus.
    En tout cas, ma culture te remercie et ma curiosité avivée aussi ^^

  4. Je n’avais pas fait le lien avec the Knick. (Excellente série au passage!!!)
    J’ai encore plus envie de lire ce livre, je ne savais pas qu’il était basé sur un personnage historique (on peut dire ça???) 😛
    Merci pour ta chronique.

  5. Je l’ai lu ce livre il y deux mois et ce vous dîtes au sujet du caractère particulièrement obtus de Mary m’avait aussi frappé. Mais bon les conditions de vie étaient dures et pour quelqu’un comme elle c’était sûrement difficile d’imaginer que sans être elle même malade elle pouvait tuer des gens.Mais bon l’empathie ressentie pour elle ou Alfred pas plus de 5 sur 1O c’est vrai

    • oui, j’ai essayé de remettre le tout dans le contexte historique de l’époque aussi, même si elle ne se remettait tout de même pas beaucoup en question…

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